Pas d’exception, pas de passe-droit : le secret professionnel n’a pas d’arrière-cuisine. Dans un cabinet d’avocats, chaque intervenant, assistant ou secrétaire compris, se retrouve placé face à l’exigence absolue de confidentialité. Le statut, l’ancienneté, le contrat n’y changent rien. Le secret s’impose à tous, sans détour.
La moindre faille dans l’organisation des accès partagés peut propulser le cabinet sur le banc des accusés, exposant à des sanctions disciplinaires, et parfois à la responsabilité civile. Les outils numériques, aussi pratiques soient-ils, démultiplient les points de vulnérabilité. Et la jurisprudence ne fait aucune concession : la protection des informations confidentielles reste une ligne rouge, quels que soient le rôle ou l’implication du collaborateur.
Secret professionnel et confidentialité : les principes fondamentaux dans la relation avocat-client
Être avocat, c’est porter sur ses épaules la charge d’un secret professionnel absolu, sans parenthèses, sans échappatoire, comme l’impose l’article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 et le Règlement Intérieur National (RIN). Ce principe ne tolère aucune brèche : la confiance du client se construit sur la garantie que tout ce qui est confié, dossier, échange, note manuscrite ou email, restera protégé, à Paris comme à Lille, pour tous et pour toujours.
Les échanges entre avocats se voient d’emblée couverts par la règle de confidentialité. Seule une mention « officielle » et des conditions précises permettent d’en sortir. Ni le bâtonnier ni la Cour de cassation ne peuvent lever ce verrou sur simple sollicitation. À chaque rappel, la jurisprudence confirme : la confidentialité n’est pas négociable. Le Conseil National des Barreaux (CNB) enfonce le clou, toute entorse expose à des sanctions et menace la sécurité des échanges professionnels.
Depuis quelques années, la protection des données personnelles s’élargit encore, portée par la CNIL et le RGPD. Transférer des données hors de l’Union européenne, après l’invalidation du Privacy Shield par la CJUE, suppose de respecter un cahier des charges renforcé. Pour les avocats, la souveraineté numérique devient une muraille : il s’agit de localiser, sécuriser, auditer chaque flux d’information. Le CNB et la CNIL dessinent en France ce périmètre, rassurant la clientèle sur la protection de chaque donnée confiée à un cabinet, quelles que soient les mutations de la technologie.
Assistants et secrétariat au cabinet : comment organiser l’accès partagé sans compromettre la sécurité des échanges
Le défi est quotidien dans les cabinets : permettre au secrétariat et aux assistants de gérer l’opérationnel, sans jamais fissurer la forteresse du secret professionnel. Toute manipulation de document, de courriel ou de fichier par un collaborateur, qu’il soit salarié ou prestataire extérieur, engage la responsabilité du cabinet. L’équilibre est délicat, la vigilance permanente.
Le Conseil national des barreaux met désormais à disposition des outils numériques pensés pour la profession. E-Drive, E-Partage sécurisé, E-Mail : ces solutions, intégrées à la cotisation, offrent un cloud souverain, une messagerie chiffrée, des transferts de données conformes au RGPD. Utiliser des plateformes grand public comme Google Drive ou Gmail, c’est prendre le risque d’une violation de la confidentialité, d’une sanction disciplinaire, voire de voir son compte fermé du jour au lendemain, comme l’a rappelé la cour d’appel de Paris.
L’externalisation du secrétariat n’est pas interdite, à condition de contractualiser la confidentialité et la sécurité des échanges. Même dans des espaces ouverts, l’organisation doit garantir la séparation des accès et la discrétion. La cybersécurité devient un impératif professionnel : guides pratiques, webinaires, audits réguliers sont à inscrire à l’agenda. Le cabinet doit tracer, contrôler, limiter.
Voici les bonnes pratiques à adopter pour limiter les risques et sécuriser les échanges :
- Utilisez les solutions CNB pour le partage de fichiers et la messagerie.
- Restreignez les droits d’accès aux dossiers sensibles selon les fonctions.
- Formez assistants et secrétariat aux enjeux du secret professionnel.
Rien n’est laissé au hasard : la confidentialité se construit dans les détails, au quotidien, et c’est là que réside la vraie force d’un cabinet. Savoir que chaque geste, chaque connexion, chaque partage, reste sous contrôle, voilà la promesse d’un métier qui s’honore autant dans la discrétion que dans l’expertise.


